Rencontre avec Valérie Gonot, un autre regard sur la création

La jeune maison d’édition stéphanoise Edition sous Etiquette (ÉSÉ) nous séduit depuis 2010 avec des créations de designers prometteurs et talentueux, qui associent design éclairé, savoir-faire artisanaux et industriels. Des objets étonnants et intelligents, qui invitent à s’interroger sur les modes de production et de consommation de la société moderne.

En ce début d’année 2013, ÉSÉ présente une nouvelle version, conçue pour l’espace public, de ses célèbres Animali Domesticki, signés Jean-Sébastien Poncet. Installés sur la nouvelle place Carnot à l’occasion de la Biennale Design Saint-Etienne, ces bancs-sculptures ont remporté un vif succès auprès du public.

Lors de notre visite de l’installation, nous avons profité de la présence de Valérie Gonot, associée et gérante d’Edition Sous Etiquette, pour lui poser quelques questions sur son parcours et sa vision du design contemporain.

 

Valérie Gonot a testé pour nous les Animali Domesticki grandeur nature !

 

MID : Après 18 ans passés en Italie, vous êtes venue vivre en France, emportant dans vos bagages cette passion du design qui ne vous a plus quittée. Comment est né votre amour des objets et cette envie de raconter leur histoire ?

V.G. : J’ai en effet grandi en Italie, pays où le design fait partie du patrimoine et où l’ouverture d’esprit fournit un terreau favorable aux entreprises  pour expérimenter, innover, bousculer … L’objet design y est culturellement démocratisé. J’ai quitté Turin à la fin des années 80. A mon arrivée en France, je me suis rendue compte du fossé avec l’Italie dans ce domaine, et notamment le peu de place laissé au design dans le quotidien des français,  principalement dans leurs intérieurs.

D’autre part, j’ai toujours cultivé une très grande curiosité pour les « métiers du faire », de l’industrie à l’artisanat. Pendant longtemps mon travail de chargée d’affaires dans le secteur industriel m’a permis  de pénétrer dans tous types d’ateliers de production, de voir la matière se transformer : de la coulée d’une poche d’acier en fusion (mon plus beau souvenir) au tissage de textile pour l’industrie du luxe… une vraie chance !

Pour la première Biennale Internationale Design à Saint-Etienne, un ami montait une exposition nommée « déviation ». Il présentait un ensemble de prototypes de petit mobilier et d’objets de jeunes designers, qui une fois l’événement achevé est parti aux archives. Est née alors l’envie de créer une structure qui produirait et commercialiserait des objets design. Une maison d’édition qui donnerait une place importante à l’expérimentation de nouvelles formes. Durant les 10 années qui se sont écoulées ensuite jusqu’au lancement d’Édition Sous Étiquette,  j’ai apporté ma contribution au 9Bis (lieu de production d’exposition d’art contemporain à Saint-Etienne).

C’est cette mosaïque Italie, industrie et arts plastiques, ainsi que ma rencontre avec François Mangeol, qui a donné cette empreinte particulière aux collections ÉSÉ.

Transmettre l’histoire des objets que nous éditons est un acte fondateur de notre marque. Laisser la trace d’un processus de création permet de s’approprier un objet avec tout ce qui le compose et de mieux en comprendre sa valeur. Un éditeur, c’est un point de vue, il est dès lors nécessaire de le partager, et la rencontre qui permettra le dialogue c’est justement l’étiquette.

J’adore l’histoire racontée par Alberto Alessi qui, faisant ses premières armes dans l’entreprise familiale, avait choisi d’éditer un peigne géant de Dali dont les dents étaient constituées d’hameçons pour la pêche au thon… un fiasco, aucun ne fut vendu ! Ces hameçons sont encore aujourd’hui  comptabilisés dans l’inventaire annuel d’un groupe qui n’a depuis plus cessé de croître et de développer de nouveaux projets.

Ceci pour dire qu’il faut oser, car il restera toujours une trace d’une démarche innovante, frondeuse.

 

Valérie Gonot et François Mangeol, fondateurs d’Edition Sous Etiquette ©DR

 

MID : Souvent mal considérée, la région de Saint-Etienne est pourtant une terre de rencontres particulièrement fécondes entre  l’art et l’industrie, qui a vu émerger de nombreux talents.  Quel sens cela a-t-il pour vous d’y être installée ?

V.G. : Saint-Etienne est effectivement une ville des possibles. Souvent malmenée par les différentes périodes de reconversion industrielle, les mines, la sidérurgie, le textile, l’armement, elle a toujours su démontrer sa capacité à se reconstruire : c’est dans son ADN.

C’est une ville pionnière dans beaucoup de domaines, de l’industrie jusqu’aux arts.

Manufrance (petit clin d’œil à Made In Design), le premier catalogue de vente par correspondance, c’est aussi Saint-Etienne !

Alors qu’une grande partie des jeunes maisons d’éditions françaises sont basées à Paris, d’autres comme ÉSÉ- ÉDITION SOUS ETIQUETTE  depuis 2010 et récemment Hub DESIGN EDITION font le pari de s’installer au cœur d’un bassin industriel en plein renouveau. Le tissu incroyablement dense de PME d’excellence et d’artisans  locaux nous permet de pouvoir travailler en circuit court, en produisant à proximité.

 

Exposition « Les Editeurs stéphanois », Musée de la mine, Biennale Design Saint-Etienne 2013

 

MID : La jeune designer Jennifer Rabatel a travaillé en tant qu’éditorialiste pour Made In Design, avant de lancer ses propres créations, éditées notamment par les éditions Made In Design et ÉSÉ. Pouvez-vous nous raconter votre rencontre ?

V.G. : C’était lors de notre premier salon Maison&Objet en janvier 2011.

Nous venions à peine de lancer notre première collection lors de la Biennale Design de novembre 2010 à Saint-Etienne, où nous avions été remarqués par la presse, et notamment par Chantal Hamaide. S’en est suivie notre première participation sur le « Now, design à vivre » le mois suivant.

Jennifer est passée sur le stand une première fois, puis a poursuivi sa visite du salon.

Elle est revenue nous voir en fin de journée, un moment plus calme sur le stand, pour nous montrer son travail. Elle sortait tout juste de l’ECAL MAS-LUXE.

Elle parlait de ses objets, de son processus de création comme nous parlions nous même de notre collection aux acheteurs, en partageant cette passion qui permet d’aboutir un projet. Nous nous sommes très rapidement compris, il y a dans son travail de l’épaisseur, du sens, de l’humour et beaucoup de professionnalisme.

Nous avons dès le mois suivant décidé d’éditer deux de ces projets :

« Candelas », un bougeoir composé de 5 branches qui se déploient et « Spatulas mirrors », une collection de miroirs.

Nous les avons présentés au salon Maison et Objet de Janvier 2012, avec un grand succès.

C’est lors de ce même salon que votre site Made in Design nous a référencé, offrant dès lors une véritable visibilité à la collection ÉSÉ.

 

Miroir Spatulas / Salvador – Edition limitée et numérotée – Jennifer Rabatel pour Edition sous Etiquette

 

MID : Vous semble-t-il important aujourd’hui de défendre le design et la production français ? Quelles sont, selon vous, leurs particularités ?

V.G. : OUI !

Non pas par chauvinisme primaire mais parce que nous avons sur le territoire français (et notamment en Rhône-Alpes) de nombreux ateliers dotés d’un très grand savoir-faire et qu’il est essentiel de donner une visibilité à ce type de production.

Pourquoi alors aller chercher à l’autre bout du monde ?

Nous faisons produire les câbles de nos lampes dans une entreprise de notre région. Nous sommes sûrement le plus petit de ces clients, mais cet industriel a joué le jeu. Il a réalisé notre câble sur mesure, correspondant à toutes les exigences techniques et esthétiques que nous lui avions donné.

Tous les objets de la collection ÉSÉ sont fabriqués en France parce que nous avons trouvé les savoir-faire dont nous avions besoin.

A notre échelle de production, nous avons peu de raisons de faire fabriquer hors des frontières : nous maîtrisons notre qualité, nos délais de production, nos réassorts. Nous n’avons pas besoin non plus de constituer des stocks trop importants pour amortir les frais de transport…

Mais produire localement, c’est évidemment plus cher et cela se ressent quand même sur le prix, il y a derrière cette philosophie productive un caractère militant.

 

Animali Domesticki, Usine occupée et Spatulas : 3 collections présentées au Musée de la mine dans le cadre de l’exposition « Les éditeurs stéphanois », Biennale Design Saint-Etienne 2013

 

MID : Sur quels projets travaillez-vous en ce moment ?

V.G. : Nous avons inauguré lors de la biennale notre première collection de mobilier urbain.

Nous avons adapté  4 pièces de la collection Animali Domesticki  en banc pour l’espace public : le cerf, la biche, le taureau, la vache, et travaillons maintenant sur la déclinaison de ces bancs sculptures en mobilier outdoor pour les parcs, jardins et terrasses privés .

Nous collaborons avec un laboratoire de peinture pour développer une gamme de couleur sur mesure pour ce mobilier que nous présenterons au salon Jardin Jardins fin mai.

Nous réfléchissons également  avec Jennifer Rabatel à la déclinaison du bougeoir et des miroirs dans d’autres finitions.

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