Richard Sapper : disparition d’un maître

Artemide, Magis ou encore Alessi, Richard Sapper avait collaboré avec les plus grands éditeurs du design italien. On lui doit la lampe de bureau Tizio, la cafetière 9090 ou encore la 9091, première bouilloire chantante, pour Alessi. Portrait sous le signe du design.

605902-340x250
Richard Sapper, disparu le 31 décembre 2015.

Diplômé de philosophie, d’anatomie et ingénierie, Richard Sapper était né en 1932, à Munich. Se définissant lui même comme designer industriel, il commence sa carrière au département style du constructeur automobile Mercedes-Benz. C’est en 1958 que Sapper s’installe à Milan, capitale mondiale incontestée du design. Il démarre ensuite une courte collaboration avec l’incontournable Gio Ponti, puis dès 1959, une autre, plus longue, avec Marco Zanuso, dont naîtront des pièces majeures. Au premier rang, la révolutionnaire radio « Cubo », éditée par Brionvega en 1964.

Brionvega-Cubo2-e1387799239758

Sapper expliquera « Nous voulions créer une radio qui ne révèle pas sa nature à moins d’être ouverte. Nous voulions faire des objets pour la maison qui ne montrent pas qu’ils sont des produits technologiques à moins d’être utilisés. » Une démarche d’avant-garde pour une époque à laquelle, relevant de la caution sociale, cette technologie se doit au contraire d’être visible. Aujourd’hui encore, la « Cubo » fait partie des collections permanentes du MoMa de New-York. La collaboration de Sapper et Zanuso avec Brionvega durera jusqu’en 1977, permettant à la marque de lancer des produits assez performants et beaux pour concurrencer les marques allemandes et japonaises alors en vogue.

Autre hit du duo, la télévision « Algol », qui deviendra même le symbole de Brionvega.

brionvega01dailyicon

Passionné par les problématiques de transport et de mouvement, il aura l’occasion de se pencher sur ces questions dès les années 1970 comme consultant pour Fiat et Pirelli. Pour le constructeur, il concevra des automobiles expérimentales allant même jusqu’à inventer une carrosserie souple, destinée à réduire les dommages en cas de collision.

Parallèlement, Richard Sapper amorce un travail plus personnel, plus architectural, avec les meilleurs éditeurs italiens. En 1972, Artemide lui commande une lampe de bureau. Ainsi naîtra la Tizio, véritable bijou d’ingénierie. Grâce à un jeu de contrepoids, ses bras articulés et sa tête orientable se dirigent facilement, et surtout, restent en place. Mais le véritable tour de force de Tizio se trouve dans sa base, pourtant très compacte. Elle cache un transformateur permettant d’adapter un courant de 230V à 12V, pour alimenter une ampoule halogène. La première dans une lampe de bureau. Depuis adaptée aux sources LED, en format mini ou XXL, la Tizio est toujours l’un des best-sellers d’Artemide.

IMAGES_1073_515d5699b9ffc

En 1978, c’est avec un autre titan du design italien qu’il commence à collaborer : Alessi. A l’époque, le jeune Alberto Alessi, vient de prendre la tête de la Maison italienne fondée par son grand père, Giovanni en 1921. La 9090 sera le premier produit de la marque pour la cuisine. Mais aussi la première cafetière clips et non à vis. Et le tout premier produit Alessi à remporter le prestigieux prix milanais Compasso d’Oro. Mais plus encore pour Alberto Alessi, il s’agit d’un hommage à Alfonso Bialetti, son grand-père maternel, inventeur de la cafetière éponyme. Un hommage qui se vendra à plus de 2 millions d’exemplaires.

IMAGES_1198_5198c7117d5a7

 

En 1983, le duo Sapper-Alessi réitère l’exploit du best-seller avec la bouilloire harmonique 9091. Première bouilloire signée de la marque, elle est aussi son premier objet plurisensoriel, un pré-requis du designer à sa conception. Outre une poignée ergonomique, il voulait que le sifflet de la bouilloire produise une mélodie. La meilleure façon d’éliminer leur son habituel qu’il trouvait anxiogène.

c66629896ef0913ada203825274ebb034d8dfef9

C’est jusqu’au fin fond de la forêt noire que Sapper est allé chercher l’artisan capable de produire les bons tubes, pour offrir à sa bouilloire la parfaite mélodie, alliance d’un La et d’un Mi. Enfin, côté esthétique, le designer opte pour un clin d’oeil à un mouvement naissant nommé Memphis, constitué entre autres de ses amis Sottsass, Aulenti ou Branzi.

Dans les années 1980, c’est à la révolution de l’informatique qu’il s’intéressera, travaillant comme consultant pour IBM, où il conçoit le premier ordinateur à écran dépliant. Ou encore le premier ThinkPad, dont la forme s’inspire d’une boîte à cigares. A deux reprises, Steve Jobs cherchera à l’embaucher. Une proposition qu’il déclinera la première comme la seconde fois pour le regretter plus tard.