Bois : la fibre design

Il est encore souvent associé à une image rustique et poussiéreuse, rappelant tour à tour les premières cuisines des soaps américains des années 1980, comme celle où officiait Tony Danza dans Madame est servie, les alpages bien trop tradis de Heidi ou encore La Petite Maison dans la Prairie (vous noterez la diversité de nos références pop).
Quand on parle de mobilier design, le bois ne fait pas encore l’unanimité dans l’inconscient collectif.
Pourtant, depuis les années 1930, le bois ne cesse d’être remis au goût du jour par les maîtres du design venus du grand nord ou d’ailleurs et, le roi des matériaux vivants se renouvelle inlassablement. Petit tour d’horizon des possibilités qu’offrent cette matière première aussi noble qu’écologique, plus que jamais d’actualité.

Noblesse et économie
Le retour du bois par la grande porte n’est pas différent des autres tendances, cycliques devant l’éternel. Le renouveau, là aussi, a pris ses racines à la source. Au Danemark, où les designers travaillent depuis le début du XXème siècle à l’optimisation de l’utilisation de cette précieuse ressource naturelle, on cherche à en sauvegarder le moindre copeau.
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La chaise Series 7 d’Arne Jacobsen chez Fritz Hansen, dans sa version bois naturel. 
Chez Fritz Hansen, la légendaire Series 7 a abandonné ses oripeaux colorés pour faire honneur au médium préféré de son créateur, Arne Jacobsen.  Erable, orme ou noyer, c’est donc dans pas moins de 12 nouvelles essences de bois inédites que les fans de la chaise la plus vendue – et la plus copiée – au monde peuvent enfin découvrir la Series 7, dans son expression la plus pure. Fabriquée en plaquage de bois moulé par pression, la chaise conçue en 1955 visait la rencontre de l’ergonomie et de l’économie. Arne Jacobsen cherchait donc à produire la chaise en bois la plus confortable possible, mais aussi la plus économique, ayant à l’époque déjà conscience que les ressources naturelles de la planète n’étaient pas inépuisables autant que de l’importance de livrer un produit le plus accessible possible.
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La collection « In Between » de Sami Kallio pour &Tradition se décline en chêne fumé
ou blanchi ainsi que frêne teinté noir. 
Et chez l’éditeur danois &Tradition, le designer finlandais Sami Kallio rend lui hommage à un autre père fondateur du design scandinave, Hans J. Wegner. Architecte de formation, ce designer prolifique aura réalisé plus de 500 modèles de chaises au long de sa carrière, avec toujours un souci en tête : l’économie du bois. Le tout dans le plus grand respect du travail de la main de l’homme. Ce sont ces deux vertus cardinales du travail de Wegner qui ont insipiré Kallio pour sa collection « In Between ». Et derrière l’allure bien contemporaine de chacune des trois pièces qui la composent, un clin d’oeil respectueux à ce savoir-faire passé à la postérité et érigé au rang de mythe.

Back to basics
Chez nos voisins anglais, les grands nom du design de mobilier n’ont cessé de revisiter les traditionnels fauteuils « Windsor », dont les origines remontent au XVIème siècle, au coeur de l’Irlande. Les berger occupent alors leurs longues soirées en taillant le bois, chacun apportant sa touche personnelle aux montants principaux des fauteuils, parés de motifs propre à chaque artisan. Les premiers modèles anglais sont essentiellement en bois d’orme, et ce n’est qu’au XVIIIème siècle, dans ce qui deviendra bientôt les Etats-Unis que d’autres essences seront utilisées. Aujourd’hui encore, les designers anglo-saxons s’amusent donc à livrer leur version de cette icône culturelle. Chez Ercol, le traditionnel « Love Seat » créé par le fondateur de la Maison, Lucien Ercolani, en 1955, prend des couleurs. En noir, blanc ou mandarine, un dégradé inspiré du très en vogue tie & dye rend la petite banquette plus sexy que jamais. Quant à Tom Dixon, il s’amuse des codes de l’archétype dans une version aux barreaux allongés, courbés et démultipliés. « Fan » joue sur la double signification du mot anglais (éventail et fanatique) pour une interprétation on ne peu plus contemporaine de ce classique indémodable.
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En haut : la banquette « Love Seat », en bois de hêtre et d’orme massifs, de Lucien Ercolani, 985€, ErcolEn bas : la chaise et le fauteuil « Fan », en chêne et cuir, à partir de 744€, Tom Dixon